mardi 15 septembre 2009

Gracefully silent.

Brûle moi les yeux. Brûle moi le cœur.
Arrache mes neurones les uns après les autres, rend moi débile. Rend moi animale, rend moi faible. Rend moi aveugle à la laideur. Piétine-moi. Relève moi. Porte moi. Reconstruis moi. Passe tes mains sur mes paupières, ouvre-moi les yeux.
Brûle-moi les yeux. Brûle-moi le cœur.

mercredi 3 juin 2009

Goodbye and Hello

Ceci est un adieu.
J'arrache de ma peau les derniers lambeaux de ce qui fut mon écorce. Je me déracine, je viole la terre qui m'emprisonne. J'écrase sur mon passage les insectes qui pourrissaient ma sève. Les milliers de minuscules vaisseaux m'y rattachant éclatent en un gargouillis infâme. Le bruit de leur carapace brisée est celui du feu qui brûle mon masque.

Dans mon ascension, je reprends peu à peu ma forme originelle. Je quitte sans regret la lourdeur de la terre dans laquelle j'ai poussé. Je m'éloigne de son odeur putride, de sa chaleur protectrice, de ses vermines et de ses bourgeons.

Je suis nue. Aucune écorce ne me protège du vent. Le froid pince ma peau avec une violence délicieuse. J'embrasse le néant. Les bras en croix, perchée sur la falaise froide.
Je renais, pour la centième fois. Mon œil neuf a la profondeur des blessures qui marquent mon torse. Mon cœur bat à la lumière de la lune, lavé par les larmes douces et amères des adieux.

mardi 12 mai 2009

Lady Jane

Elle faisait partie de ces femmes qui donnent l’impression de sentir la poudre à maquiller tellement elles font d’efforts pour recouvrir leur peau originelle. Elle était maquillée comme une actrice de film érotique chinois, à l’aide d’une tonne d’ombre bleue sur ses paupières épaisses et gonflées par les nuits à pleurer son visage de jeunette, qui aujourd’hui n’était pas loin d’avoir complètement disparu.

Cette femme sentait la lutte; elle tentait désespérément d’arrêter la course du temps sur son visage, sans succès. La lutte la fatiguait, la rendait plus vieille encore. Son crâne dégarni était surmonté d’une masse rouge et permanentée, et elle portait toujours de petites boucles d’oreilles en perle blanche. Si son extrême maigreur n’avait pas faussé la donne, on aurait juré une cantatrice. Elle était toujours vêtue de foncé, et le marron de son sac à main était toujours parfaitement assorti à la couleur de sa robe, qu’elle avait toujours longue, comme pour cacher le maximum de son corps flétri.

Elle trouvait cette femme absolument fascinante. Elle n’arrivait pas à comprendre ce qui la rendait si intéressante: peut être le chic de son attitude avec la vulgarité de son maquillage, ou encore le travail de son vêtement et l’impression de saleté qu’elle dégageait.

En l’observant, elle essayait de deviner la raison de son voyage, et la vérité lui apparaissait toujours comme absolument flagrante: en quête de confiance en elle, cette femme rejoignait tous les mardis soirs son amant pour un court coït dans sa voiture, sur le parking du supermarché en face de la gare. C’était le genre de femme à préférer un amant sans aucun intérêt ni charme au fait de rester seule. Alors, tous les mardis soirs, elle offrait son corps meurtri par le temps à cette enveloppe vide. Elle entrait dans la petite voiture avec toujours l’espoir que le sperme dégueulasse de l’homme comble les failles des rides de son corps, et en ressortait trente minutes plus tard, toujours aussi sèche, vide et molle, avec à l’estomac un creux grand comme son estime d’elle-même qu’elle avait aujourd’hui totalement perdue.

mercredi 29 avril 2009

On a tellement plongé ce vieux pigeon dans l'eau de Javel qu'il ressemble à une colombe.

mardi 28 avril 2009

I'm not like Everybody Else.

La glace de ton regard, tes griffes acérées autour de mon cou, la chaleur de ta bouche forment en moi une tiédeur moite, poisseuse, dégueulasse. La brûlure de tes milliers d’yeux sur moi fait éclater sur ma peau des cloques purulentes. Je ne cesse de te croiser, jour après jour, dans les rues goudronnées. Tu te pares d’artifices tous plus burlesques les uns que les autres, tu colores ton sombre vêtement pour passer inaperçu dans la marée humaine. Perché sur de gigantesques échasses, ta silhouette fantomatique s’immisce entre chaque mur, chaque bâtiment, chaque pavé que je foule de ma démarche incertaine. Je ne peux croiser mon reflet sans sentir également le poids de ton corps sur mon dos voûté.
Écartant vulgairement les commissures de tes lèvres, tu fends ton visage blafard d’un rictus ironique lorsque mon regard plonge dans tes yeux vides.
Tu n’es personne.

lundi 30 mars 2009

I'm a Street Walking Cheetah with a heart full of Napalm.

Aspirée une nouvelle fois dans la rame de métro, elle s’adossa elle aussi contre la paroi du monstre tubulaire et attendit qu’il la vomisse dans une autre station. Les tubes néons défilaient à l’extérieur du wagon, faisant trembler ses yeux. Les visages arboraient tous la même expression de lassitude. Elle avait même l’impression que certains se forçaient à afficher une bouche sèche et des lèvres serrées, pour ne pas se faire remarquer. Pour être invisible.
Elle regardait son reflet dans la vitre. Une masse floue de cheveux noirs, des yeux perçants, une silhouette sombre. Son reflet l’accusait, il la pointait du doigt, lui attrapait les épaules en la secouant. Il lui collait des baffes monumentales, faisait rougir ses joue.

« Réveille toi! » qu’il lui disait.
Réveille-toi. Ne meurs pas. Réveille toi.

Sa station. Elle quitta son reflet accusateur et reprit sa valse citadine dans la marée humaine. Bousculée, bringuebalée, elle sortit de la masse humaine et s’installa sur un banc. En face d’un bâtiment monumental, elle alluma une cigarette. Prenant une grande inspiration, elle observa la façade. Un bloc énorme de pierre superposées les unes sur les autres, un monstre immense dominant la place. Les colonnes, les pierres sculptées, les portes lourdes lui évoquaient la grandeur passée de ce qu’avait pu être le cerveau humain.
Ça l’effrayait parfois d’imaginer les centaines de milliers de connexions à la seconde qui s’opéraient à l’intérieur de son crâne. Comme des milliers de chocs électriques qui lui vrillaient la tête à longueur de journée. Il lui semblait que l’association du froid, de l’image du colosse de pierre qui se dressait devant elle et de la musique dans ses oreilles endormait ces chocs, qui cessaient alors de cogner sa tête à tous instants.
Elle était apaisée. Comme si une main immense couvrait son visage, passait dans ses cheveux, lui disait de s’endormir.
Laissant ses connexions en plein milieu de la place trempée, elle reprit sa route. Plus légère d’une tonne environ, les poings enfoncés dans les poches de sa veste, elle avançait.
Le froid lui mordait le visage. C’était un froid pinçant, piquant, brûlant. Elle fourra un peu plus son visage dans son écharpe. Le rythme de ses pas lui semblait réglé sur la batterie. À ce moment précis, elle n’avait aucune attache. À ce moment précis, elle aurait voulu tout embrasser, tout entendre, tout voir, tout sentir de la rue. Elle aurait voulu se plonger dans le bain de la misère, en comprendre la moindre subtilité, en connaître le moindre détail. Elle aurait voulu faire corps avec le goudron humide, aspirer le pétrole, avaler le gravier.

dimanche 22 mars 2009

Too Much for my Mirror

Encore des pages que je noircirai de mots patauds, d’expressions incertaines, de phrases puantes d’ignorance.

Je ne suis qu’un embryon, une ébauche de quelqu’un. Je suis floue. Je tente en vain de m’inventer des contours à l’aide de mon écriture imparfaite, sans y parvenir une seule seconde.
Je ne suis qu’une masse sans odeur, sans couleur, sans saveur. Une éponge qui ne sait que trop mal recracher ce qu’elle absorbe.

Et pourtant mon bras fourmille, il m’appelle. La douleur lancinante de l’immobilisme me submerge, et j’aligne alors des mots sur le papier comme on déballerait un sac de provisions.
J’abhorre la médiocrité de ce que je produis , mais j’en ressens pourtant le besoin. Le besoin me pourrit, il irradie mon estomac. Avec une frénésie sans pareille, je cherche ma dose de mots bien pensés, mon quota d’amertume.

L’inspiration finit toujours par s’essouffler. Je m’y accroche pourtant, je la suis avec l’énergie du désespoir, je m’y agrippe comme une sangsue à un mollet. Je la supplie de rester, les yeux remplis de larmes et de colère, mais déjà je me sens trébucher.
J’expose mes viscères au grand public, je fais un numéro bancal, presque pathétique, et ne récolte que quelques applaudissements mous, donnés à contrecœur.
 
compteur pour blog